Category: Livres,Folio,Auteurs de A à Z
La tache (Folio t. 4000) Details
À la veille de la retraite, un professeur de lettres classiques, accusé d'avoir tenu des propos racistes envers ses étudiants, préfère démissionner plutôt que de livrer le secret qui pourrait l'innocenter.Tandis que l'affaire Lewinski défraie les chroniques bien-pensantes, Nathan Zuckerman ouvre le dossier de son voisin Coleman Silk et découvre derrière la vie très rangée de l'ancien doyen un passé inouï, celui d'un homme qui s'est littéralement réinventé, et un présent non moins ravageur : sa liaison avec la sensuelle Faunia, femme de ménage et vachère de trente-quatre ans, prétendument illettrée, et talonnée par un ex-mari vétéran du Vietnam, obsédé par la vengeance et le meurtre.Après Pastorale américaine et J'ai épousé un communiste, La tache, roman brutal et subtil, complète la trilogie de Philip Roth sur l'identité de l'individu dans les grands bouleversements de l'Amérique de l'après-guerre, où tout est équivoque et rien n'est sans mélange, car la tache "est en chacun, inhérente, à demeure, constitutive, elle qui préexiste à la désobéissance, qui englobe la désobéissance, défie toute explication, toute compréhension. C'est pourquoi laver cette souillure n'est qu'une plaisanterie de barbare et le fantasme de pureté terrifiant."Prix Médicis étranger

Reviews
La Tache/ Philip Roth/Prix Médicis étranger 2002.Dans cet excellent roman, Philip Roth nous décrit une Amérique avec ses tares et ses qualités. Le personnage principal est un professeur et doyen d??université, Coleman Silk, juif et noir à la peau claire, âgé de 71 ans, « un homme extraverti à l??intelligence aiguë, un homme de la ville, charmeur, mains de fer dans un gant de velours, tenant du guerrier et du manipulateur. »Accusé à tort de racisme puis critiqué du fait de sa relation avec une jeune fermière agent d??entretien illettrée de 34 ans, Faunia, Coleman va connaître une série de déboires qui nous sont contés par son ami écrivain, Nathan Zukermann. Un écrivain passionné de musique qui écrit :« La musique que j??écoute après dîner n??est pas un palliatif au silence, mais bien sa substantiation : écouter de la musique une heure ou deux, le soir, ne me prive pas du silence, la musique, c??est le silence réalisé comme un rêve. »Mais aussi un écrivain hanté par l??obsolescence de l??être alors qu??il assiste à un concert :« Tandis que les spectateurs reprenaient peu à peu leurs places, je me suis mis à imaginer, de manière caricaturale, la maladie incurable qui, sans qu??on s??en soit aperçu, était déjà à l???uvre en chacun de nous jusqu??au dernier. Je visualisais les vaisseaux sanguins qui se bouchaient sous les casquettes de base-ball, les tumeurs malignes qui bourgeonnaient sous les permanentes blanches, les organes qui avaient des ratés, qui s??atrophiaient, qui se bloquaient, les milliards de cellules meurtrières qui poussaient subrepticement le public entier vers le désastre imprévisible autant qu??inéluctable. »Et si vous aimez Mahler, la page 418 recèle une analyse parfaite du troisième mouvement (Langsam) de sa 3é symphonie ?un adagio pétrifiant. Une page d??anthologie.Le comportement de Coleman heurte la bonne conscience hypocrite de l??Amérique alors que l??affaire Clinton/Lewinsky bat son plein. Nous sommes en 1998.« En Amérique, ce fut l??été du marathon de la tartuferie :le spectre du terrorisme qui avait remplacé celui du communisme comme menace majeure pour la sécurité du pays, laissait la place au spectre de la turlute ; un président des ?tats ??Unis, quadragénaire plein de verdeur, et une de ses employées, une drôlesse de vingt et un ans folle de lui, batifolant dans le bureau ovale comme deux ados dans un parking, avaient rallumé la plus vieille passion fédératrice de l??Amérique, son plaisir le plus dangereux peut-être, le plus subversif historiquement : le vertige de l??indignation hypocrite. »Coleman va se réfugier dans la solitude avec Faunia jusqu??au jour où le destin va venir à sa rencontre.Un grand roman, assez complexe, abordant de nombreux sujets avec cette pudibonderie américaine latente comme toile de fond.

